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Bukavu : 13 000 enfants survivent dans les rues, une enquête révèle les causes d'un drame social

Manasse
Publié le 25/02/2026 06:34
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Bukavu : 13 000 enfants survivent dans les rues, une enquête révèle les causes d'un drame social

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« Je me souviens du jour où mon père a dit que j’étais un sorcier. Le lendemain, je dormais sous le pont », confie Jean*, 12 ans, en serrant contre lui une vieille bouteille en plastique qui lui sert de jouet. Son histoire est celle de près de treize mille enfants qui errent aujourd'hui dans les rues de Bukavu, livrés à eux-mêmes. Une enquête menée par l'ASBL Bloc Citoyen Amani entre janvier et février 2026 lève le voile sur ce drame silencieux qui mine la capitale du Sud-Kivu.

Les chiffres sont glaçants : près de 13 000 mineurs survivent dans l'espace public de Bukavu. L'enquête révèle que 60% de ces enfants sont les produits directs de familles disloquées par le divorce. La cellule familiale, pilier fondamental en République Démocratique du Congo, se fissure et expulse ses membres les plus vulnérables.

Au-delà des divorces, deux autres fléaux structurels sont pointés du doigt. La pauvreté extrême qui frappe des milliers de ménages pousse les enfants à chercher dans la rue de quoi apaiser leur faim, au prix de leur sécurité et de leur innocence. Ensuite, viennent les accusations de sorcellerie. Stigmatisés par des prédicateurs ou leur propre communauté, de nombreux enfants sont chassés comme des pestiférés, devenant les boucs émissaires des difficultés familiales.

La guerre qui déchire l'Est de la RDC apporte un paradoxe macabre. Les enquêteurs notent une légère diminution du nombre d'enfants dans les rues par rapport à la période pré-conflictuelle. La raison ? Une peur viscérale du recrutement forcé par les groupes armés, qui pousse certains parents à rappeler leurs fils au foyer et incite les enfants à éviter les places publiques. Mais cette baisse statistique est un leurre. Les experts qualifient la situation de "bombe à retardement" pour la sécurité et l'avenir de toute la région.

Face à ce naufrage générationnel, le système de protection sociale est à bout de souffle. La guerre a détruit ou contraint à la fermeture la majorité des centres de réinsertion et de formation professionnelle. Dans ce désert institutionnel, le centre Ek'abana, l'une des dernières structures encore opérationnelles à Bukavu, se consacre aux enfants accusés de sorcellerie, leur offrant un toit et un accompagnement psychologique. Mais pour les milliers d'autres, dont la misère est économique ou familiale, les perspectives de réintégration restent quasi nulles. L'objectif "zéro enfant dans la rue" porté par l'ASBL Bloc Citoyen Amani semble aujourd'hui un vœu pieux face à l'ampleur de la catastrophe.

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